Interviews

Est-ce que l’on sous-estime les dangers naturels ?

Dans la gestion des risques environnementaux, la communication à la population est un point essentiel. Mais cette mission n’est pas aisée, les autorités compétentes doivent communiquer à une population très hétéroclite dont les vecteurs d’information diffèrent grandement. Nous sommes allés à la rencontre de jeunes adultes pour savoir s’ils se considèrent bien informés à propos des risques et des dangers naturels et qu’est-ce qu’ils pensent de la communication autour de cette thématique. Nous leur avons demandé leur niveau de connaissance à sur les risques naturels sur la planète et dans leur région et de citer les différents médias dans lesquels ils sont informés. Pour finir, nous leur avons demandé ce qu’ils pensent de la communication sur les risques environnementaux et ce qui, selon eux pourrait être la ou les meilleures façons de toucher le public qu’ils représentent.

Joséphine Kramer

Étudiante en sciences de l’environnement à l’Université de Lausanne.

Olivier Junod

Étudiant en sciences de l’environnement à l’Université de Lausanne.

Dan Andersson

Étudiant en sciences de l’environnement à l’Université de Lausanne.

Jérémy Keller

Étudiant en sciences de l’environnement à l’Université de Lausanne.

Juliette Davide

Illustratrice

Marie-Louise

Naturopathe

Nous tenons à remercier tous les participants de nous avoir partagé leurs avis.
Au terme des rencontres avec les jeunes personnes interrogées, il apparait que ces derniers se sentent souvent ignorants des risques et dangers naturels dont peut être victime leur région.
Malgré le domaine d’étude de certains des participants, ces derniers ont souvent mis en avant le fait qu’ils se sentaient mieux informés des dangers environnementaux à l’échelle globale plutôt qu’à une échelle régionale car les médias auront plutôt tendance à privilégier les nouvelles de faits-divers telles que des gros séismes, ouragans ou feux de forêts.
La plupart des participants déclarent ne pas être au courant des mesures à prendre lors de catastrophes naturelles car selon eux, leur région n’est pas considérée à haut risque de subir de telles catastrophes.
Quant à la thématique des vecteurs d’information, certains participants déclarent être plus sensible à des informations venant de professionnels et spécialistes scientifiques du risque plutôt que des journalistes ordinaires. Il apparait bien souvent que les personnes interrogées sont tenues au courant des risque naturels par le biais de leurs études et de la télévision. Les médias les plus utilisés par les jeunes comme les réseaux sociaux n’ont jamais été cités par les participants.

Comme il a été relevé durant les interviews, le sentiment prédominant dans ces vidéos concernant les risques environnementaux dans la région environnante est relativement pauvre en comparaisons des dangers que l’on peut retrouver autour du monde. Cela est dû en partie au fait que nous sommes épargnés des grosses catastrophes environnementales dans la région vaudoise et plus généralement en Suisse. En effet, les dernières grosses catastrophes en Suisse sont la canicule et sécheresse de 2018 qui a provoqué 200 décès de plus par rapport à une année normale (OFEV, La canicule et la sécheresse de l’été 2018) ou les pluies torrentielles de 2005 qui ont causé des glissements de terrains ainsi que des inondations. Ce dernier incident est connu pour être le plus grand dommage financier causé par un unique événement avec un coût total d’environ 3 milliards de CHF. En comparaison des aléas climatiques à l’échelle mondiale comme certains ouragans violent ou le tsunami de 2014 touchant une douzaine de pays dont l’Indonésie tuant au moins 225’000 personnes, la Suisse s’en sort bien. De plus, la Suisse par ses moyens financiers peut se prémunir de certains risques comme lors de la dernière canicule 2018 où des hélicoptères de l’armée Suisse avaient acheminé d’importante quantité d’eau, répondant aux besoins en eau des alpages vaudois (letemps.ch « Malgré la sécheresse, cette eau qui tombe du ciel »). Le fait que la Suisse soit relativement épargnée de grands événements extrêmes ainsi que ses moyens financiers élevés qui permettent un sentiment de confiance de la population face à de potentielles catastrophes, les participants non-spécialistes sont de manière générale moins au courant des risques environnementaux dans notre région. Une sensibilité aux événements climatiques de grandes ampleurs faisant la une de nos journaux peut également expliquer ce manque de connaissances dans les risques environnementaux régionaux en comparaison des risques globaux.

Lors de ce type d’exercice, il est important de considérer les différents biais cognitifs qui pourraient influencer les réponses des participants. Par exemple, un biais influençant la confiance représentée par l’effet Dunning-Gruger montre qu’une personne non-spécialiste dans un domaine aura tendance à surestimer ses connaissances dans un domaine et inversement comme il est présenté dans le graphique ci-dessous.

Dans une époque troublée par la pandémie de COVID-19, le lien entre communication sur les risques naturels et la réception par le public a montré une problématique dont les enjeux sont cruciaux. Avec le nombre important de médias différents et des sources variables selon les médias, il est souvent difficile pour un public non aguerri de faire le tri entre les informations pertinentes, les fakes news ou simplement les erreurs qui pourraient être commises dans certains articles. Dans ce contexte, une méfiance populaire s’installe à propos de la parole des spécialistes et scientifiques des risques naturels. Dès lors que la confiance qu’un public peut avoir dans la parole des scientifiques est rompue, la désinformation peut prendre une place importante. C’est pourquoi la communication doit être prise très au sérieux par les responsables et scientifiques de la gestion des risques environnementaux.
Un point qui mérite également d’être relevé lors de de cette série d’interview est la diversité des réponses concernant la meilleure façon de s’informer à propos des risques environnementaux. Cette diversité de réponse n’est pas surprenante étant donné que les participants ont des parcours différents cependant, cela a le mérite de (re)questionner quelles sont les meilleures méthodes de communication pour toucher un public large. Faut-il miser sur une source d’information plutôt classique (journaux, télévision) ou donner plus de visibilité à des médias moins conventionnel pour ce genre d’information tels que les réseaux sociaux. La question est ouverte, cependant il y a de grandes chances que la réponse soit entre les deux.
Cette analyse n’a pas prétention à être une démonstration scientifique en psychologie de la communication mais plutôt une clé de lecture à la compréhension et aux enjeux que soulève la communication sur les risques environnementaux.